Il paraît que nous les humains ne sommes plus responsables de la disparition des mammouths.
Certes, nos ancêtres de la préhistoire ont sauvagement pourchassé les grosses bêtes mais une équipe de paléo-écologistes de l’université de Durham en Grande Bretagne prétend aujourd’hui qu’ils ont été victimes du réchauffement climatique qui s’est produit vers -10 000 avant J.C.
Toutes les zones d’Amérique du Nord et d’Eurasie où ils vivaient au bon vieux temps de la froidure, depuis le dernier âge glaciaire, étaient couvertes d’herbe grasse et de buissons gros et petits, « une végétation parfaite pour les mammouths et les autres mammifères mangeurs d’herbe de la mégafaune de l’époque, » comme le cerf géant ou le rhinocéros laineux.
Dans cet hémisphère Nord, les forêts se sont rapidement installées lorsque le climat s’est réchauffé, que la lumière est devenue plus intense et que le taux de gaz carbonique a augmenté dans l’air. Selon Brian Huntley et Judy Allen, le changement s’est fait en moins de 5000 ans, une trop courte période pour que les mammouths aient le temps d’évoluer. Il leur avait fallu plusieurs millions d’années pour s’adapter à leur habitat de l’époque et développer des bouches spécialement adaptées pour se nourrir sur l’herbe.
Soudain, les choses sont allées trop vite pour eux. Leur habitat et leur nourriture ont disparu rapidement, amenant une extinction rapide. C’est du moins la conclusion des chercheurs élaborée à partir de leur modèle climatique qui simule l’évolution de la végétation durant les 20 000 dernières années.

Si vraiment un réchauffement semblable devait se produire au siècle prochain, avec élévation de la température et des taux de gaz carbonique, quel en serait l’impact sur la faune et le flore ? Le ministère étatsunien de l’énergie a financé et lancé en octobre 2007 une étude qui doit durer cinq ans pour essayer de prévoir quelques une des effets des changements de température sur plusieurs espèces de fourmis.

Fourmi piqueuse invasive (Red Fire Ant)

Quatre universités y participent : L’université d’état de Caroline du Nord, l’université du Vermont, celle du Tennessee, et celle de Harvard Forest. On a construit des « chambres climatiques » sans toit, en fait des parcelles de terrain, d’un diamètre de 5m environ, dans lesquelles on essaye d’augmenter régulièrement la température au moyen de murs de serre et de mesurer la façon dont se comporte une espèce de fourmi (fire ant) plus agressive, comment elle se développe, se reproduit, s’étend, quel impact a ce développement sur les autres fourmis locales, les invertébrés de la parcelle et la biodiversité de tous ces invertébrés.
Rob Dunn, qui conduit l’équipe, explique ce choix. Les fourmis sont une espèce sociale, qui impacte plusieurs aspects des écosystèmes : parasites, dispersion des graines, etc. On cherche aussi à mesurer l’arrivée d’espèces invasives et à vérifier si les insectes se comportent dans la réalité comme les modèles théoriques qui sont censés les analyser et les représenter. Pour les photos des chambres climatiques, cliquez ici

Du côté des universités de Bonn et de Tübingen, associées à Yale, une étude récemment publiée dans les Proceedings of the Royal Society London, cherche à quantifier, et à modéliser à l’échelle régionale, l’impact potentiel du changement climatique sur la biodiversité végétale.
Les conditions de vie des plantes seront évidemment bouleversées par le réchauffement, même si les simulations sont diverses pour les 100 prochaines années.
Les régions froides et humides de la planète serviront probablement de refuge à un nombre plus important d’espèces végétales alors que cette diversité diminuera probablement dans les régions chaudes et sèches.
Les régions les plus riches actuellement, les forêts tropicales d’Amérique du Sud, verront probablement disparaître un très grand nombre d’espèces végétales. Les régions tempérées, dont l’Europe, verront l’implantation d’espèces supplémentaires. Malheureusement, « ce ne sera pas forcément un gain. Si une redistribution renforcée des espèces végétales se fera, la diversité des espèces dans les diverses régions tendra de plus en plus vers une uniformisation. Les espèces particulières et uniques, qui se sont adaptées à des territoires spécifiques, seront de plus en plus soumises à la pression des espèces invasives (…) La mondialisation se développera rapidement partout, même si l’avenir dépend aussi des efforts humains.» déclare Jan Sommer.
Les régions actuellement tempérées (Europe entre autres) subiront elles aussi cette perte de diversité mais la redistribution des espèces les épargnera sans doute un peu plus que d’autres. L’université de Bonn a résumé ses expectatives dans une carte mondiale (Diversité végétale et changement climatique) selon l’hypothèse d’un réchauffement uniforme de +1,8°C et de +4,0°C.

Simonpierre DELORME

 

Sources :

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