Résumé : Les plaques de cire que les apiculteurs voudraient recycler dans les ruches sont pleines des résidus et des métabolites des acaricides utilisés par les apiculteurs eux-mêmes contre Varroa. Une étude étatsunienne de 2008 propose un traitement par rayons gamma qui devrait éliminer 50% des acaricides rémanents. Déjà dangereux en eux-mêmes, ces produits le sont cent fois plus par interaction avec des pollutions environnementales qu’on trouve également dans la ruche. Cette combinaison mortelle ne serait-elle pas une des sources principales de l’effondrement des colonies ?

La magnifique revue espagnole Vida apicola, dont la dernière couverture (N° 151 de septembre-octobre 2008) montre une abeille sur une fleur de callune, résume une étude de l’université de Pennsylvanie : Comment réduire la charge des acaricides dans les plaques de cire qui sont recyclés dans les ruches ? La méthode testée consistait à soumettre les cires au rayonnement gamma d’une source de cobalt 60, à la limite maximale autorisée pour les aliments. Ce système éliminerait 50% des acaricides rémanents dans les cires. Cette technique est couramment utilisée pour les instruments de chirurgie et pour certains aliments.

Nous en avons longuement parlé dans notre revue de presse d’octobre 2008 (« Pesticides et CCD », recension de Vida apicola N°150) mais il faut enfoncer le clou. On sait que les analyses menées au laboratoire national des sciences du ministère de l’agriculture etatsunienne, pour mesurer les résidus de pesticides dans les cires, le pollen et les abeilles elles-mêmes, avaient montré des niveaux sans précédents de fluvalinate (celui des lanières d’Apistan) et de coumaphos (utilisé en remplacement du précédent) mais aussi de quelques 70 pesticides et métabolites dans le pollen et les abeilles.

S’il est possible aux apiculteurs de contrôler l’usage des acaricides dans leurs colonies, cela s’avère impossible pour la contamination environnementale, à plus forte raison pour l’interaction des divers pesticides issus de l’environnement qu’on a trouvé dans les ruches. Or cette interaction peut avoir des conséquences effroyables. Ainsi, la combinaison de certains types de fongicides avec des pyrethroïdes et/ou des néonicotinoïdes pourrait créer, selon les chercheurs, un effet de synergie qui rendrait le mélange 100 fois plus toxique que les produits pris séparément.

Le Dr Frazer, un des initiateurs du travail a fait la liaison avec le CCD (Colony Collapse Disorder), le syndrome d’effondrement des colonies. Si le CCD n’est vraisemblablement pas dû à une cause unique, mais bien à un ensemble de plusieurs facteurs (acariens, virus, pesticides), la multiplicité des pesticides rencontrés pourrait entrainer des interactions toxiques qui n’ont jamais été étudiées scientifiquement jusqu’ici. Les chercheurs européens ont trouvé eux aussi des pesticides à des fréquences semblables dans les cires de couvain et les pollens et ils lancent les mêmes alarmes.

Simonpierre DELORME ()

 

Publié dans Abeilles et fleurs N° 699 de novembre 2008

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