Toutes les écoles élémentaires connaissent ce type d’élève parfois « hyperactif », incapable de rester en place, désordonné, que les maîtresses ont tant de mal à gérer, mais aussi et surtout incapable de se concentrer. Le syndrome, le mal, s’est développé depuis une vingtaine d’années et ce TDAH (trouble de l’attention-hyperactivité) toucherait 5 % des enfants en France et une moyenne de 12 % dans le monde pour les enfants de 8 à 12 ans. Prédispositions génétiques ? FASEBLogoRightPeut-être bien, mais on n’a pas isolé de gêne particulier et unique. Impact de l’environnement dans lequel ils grandissent ? Sans doute aussi. Une récente étude publiée dans le journal de la Fédération américaine des sociétés de biologie expérimentale tente d’aborder le problème sous un autre angle. La deltaméthrine est un insecticide puissant appartenant à la famille des pyréthrinoïdes. L’OMS le recommande en particulier dans la lutte contre les moustiques. Mouais…

A Tahiti récemment, le fameux effet « knock-down » du produit (le moustique s’approche de la moustiquaire imprégnée du pesticide et il tombe) n’a joué que sur une moitié de la population moustique, l’autre moitié semblant s’être bien habituée. Il faut dire que cela fait plus de 25 ans qu’on pulvérise à tout-va avec le fameux produit. En revanche, les apiculteurs de Tahiti ont vu leurs abeilles claquer par colonies entières et ils incriminent le produit. Cela n’a pas empêché nos responsables sanitaires d’introduire le même insecticide aux Antilles, contre la dengue et le chikungunya. Abeilles antillaises, méfiez vous ! On ne vous veut pas de bien !

csm_PearlProtech_44eab5f7a1Le produit est utilisé dans l’agriculture comme insecticide par pulvérisation, dans toute une gamme Bayer qui comprend Decis Protech, Pearl Protech, Split Protech, Proteus, Decis Expert, Ecail (voir aussi les fiches des produits : www.bayer-jardin.com).  On consultera avec profit la liste des effets nocifs sur la faune : www.sagepesticides.qc.ca

L’équipe de Jason-R. Richardson s’est intéressée à cette « pulvérisation à soigner » (dixit Bayer dans sa présentation) et à ses effets sur les jeunes souris. Elle a constaté plusieurs résultats qui rappellent nombre de traits du TDAH des enfants : des taux élevés de DAT (transporteur de dopamine) et de récepteur de dopamine D1, des déficits d’attention et de mémoire, des conduites plus impulsives, etc. D’autres études ont montré que les enfants entre 6 et 15 ans dans l’urine desquels on pouvait détecter des métabolites de pyréthrinoïdes (ce qui suppose déjà l’existence d’un certain niveau pour pouvoir le détecter) avaient deux fois plus de chances d’être diagnostiqués comme atteints de TDAH. Une corrélation qui ne prouve rien mais incite à se poser des questions. Le rapprochement de toutes ces études suggère que l’exposition à la substance active des pesticides mentionnés est de fait un facteur de risque pour le syndrome TDAH/ADHD. Ce n’est pas la première étude de ce type. En particulier, il y a cinq ans, paraissait une étude similaire : Attention-deficit/hyperactivity disorder and urinary metabolites of organophosphate pesticides. (Bouchard MF, Bellinger DC, et al. dans Pediatrics de juin 2010). Ces études seront-elles prises en compte par l’EPA de Californie qui entreprend actuellement une ré-évaluation de la substance ? On se souvient – nous en avons cité plusieurs exemples ici – que l’EPA a été déjà plus d’une fois prise la main dans le sac dans des circonstances où il n’y avait pourtant pas à hésiter.

Simonpierre DELORME   ()

 

Source :

Une première version de ce texte est parue dans la revue Abeilles et Fleurs N°769 (Mars 2015)

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