En décembre 2005, dans la revue de presse d’Abeilles & fleurs, nous avions fait un petit article pour signaler la sortie d’un livre d’art consacré à l’architecture des grains de pollen, que venaient de réaliser chez l’éditeur londonien Alexandra Papadakis, Madeline Harley (des jardins botaniques royaux de Kew) et Rob Kesseler.
L’ouvrage anglais sort aujourd’hui en français, aux éditions Télémaque, au format 30,5 x 28 cm, sous le titre « Pollen : La vie sexuelle cachée des fleurs, » Il comporte 264 pages en pleine couleur dont toute une série d’impressionnantes photos de grains de pollen au microscope. La couverture de la revue Bees for Development Journal de juin 2005 en avait fait la promotion et avait mis en illustration un grain de pollen de houx agrandi 2000 fois.
Le pollen, on le sait, est la poudre fécondante mâle des fleurs. Elle se forme dans la partie terminale des étamines et les pollinisateurs vont aider à la transporter. Selon les espèces, vents, oiseaux, papillons, et parfois chauves-souris, serviront à cette pollinisation, avec tous les insectes dont les 19 000 espèces d’abeilles de la planète (abeilles solitaires et bourdons compris), toutes les espèces de guêpes, de fourmis, etc. Pour se reproduire, les plantes à fleurs ont inventé toute une stratégie dont le pollen, anémophile ou entomophile, transporté par le vent ou par les insectes, est l’outil. Leurs diverses structures microscopiques sont toujours de parfaits chefs d’œuvre d’architecture naturelle.
Medeline Harley est un palynologue très connu qui dirige les célèbres jardins botaniques de Kew. Un palynologue s’occupe de pollens et donc de palynologie. Quant à Rob Kesseler, il est professeur au Central Saint Martin’s College of Art & Design à Londres et depuis plusieurs années, il se passionne pour la microphotographie botanique.

Depuis quelques années, tous ces pollinisateurs sont extrêmement menacés par le recul de la biodiversité qui accompagne la mondialisation des espèces et la destruction des habitats naturels. Dans les pays d’Europe du Nord on se mobilise depuis longtemps pour la défense de cette biodiversité et les Britanniques s’efforcent en particulier de recenser le peu qui reste des 22 espèces de bourdons qui peuplaient leurs îles naguère.
En même temps que le livre d’art consacré au pollen était sorti un petit guide de terrain (Field Guide to the bumblebees of Great Britain & Ireland, de Mike Edwards et Martin Jenner) qui fait encore autorité. Il décrit une méthode simple d’identification, en 3 étapes, du bourdon que vous venez de rencontrer. Il permettra aux armées de naturalistes amateurs dont la société britannique a le secret de continuer à mesurer le déclin des diverses espèces et races de bourdons (on estime ce recul à plus de 60% pour certaines).
Le corps massif des bourdons, leur longue langue (de 9 à 20 mm selon les espèces, contre 6 mm seulement chez l’abeille noire) fait d’eux les pollinisateurs essentiels de certaines cultures. Ainsi, c’est pour la pollinisation du grand trèfle rouge qu’on a introduit il y a longtemps déjà, le Bombus pascuorum en Australie où aucune espèce de ce type n’existait antérieurement.
De plus, cette longue langue est prolongée d’une touffe de poils qui leur permet d’atteindre le fond du calice de certaines fleurs comme les fuchsias, la digitale, l’aconit, l’ortie blanche. Dans certains cas, ils pourront percer le calice à la base permettant ainsi également la pollinisation par d’autres insectes. La vibration à haute fréquence de leurs ailes fait également tomber les pollens d’autres fleurs (poivron, tomate) pour en recouvrir parfois totalement l’insecte (« Buzz pollination« ).
Les sociétés commerciales qui développent des boites à bourdon pour les cultures sous serre ont trouvé la possibilité de faire « shunter » aux jeunes reines le temps de repos et d’hibernation qu’elles prennent normalement avant de pondre. Les jeunes reines pondront donc immédiatement. Les boites contiennent une génération d’ouvrières (sans reine) qui durera un mois environ. A la mort du nid, on vous en livre un autre.
Le succès mondial du bourdon, en particulier du bourdon terrestre comme pollinisateur dans les serres, a son revers. Ainsi le Japon, où il se généralise, craint pour ses espèces indigènes, qu’il supplante, et donc pour les plantes rares que ces espèces pollinisent. Des mesures de restrictions à l’importation ont été prises en 2005.
La mondialisation des échanges de bourdons et de nids à bourdons risque d’amener rapidement sur le bourdon européen des parasites exotiques contre lesquels il n’est pas préparé. Le bourdon n’est pas attaqué par Varroa, mais il a d’autres acariens, qui l’accompagneront durant l’hibernation. Il peut être détruit par la teigne et les essais de laboratoire l’ont montré attaquable par Aetina thumida, le petit coléoptère des ruches. Or le bourdon est un insecte bien moins suivi par les vétérinaires et peut-être plus fragile que ne l’est notre abeille mellifère ! Sale temps en perspective pour la pollinisation….

Simonpierre DELORME   ()

 

Compléments :

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