Résumé : Le communiqué de Corinne Lepage du 19 juillet 2011 explique comment Sarkozy et Kosciusko-Morizet ont profité des vacances pour émettre un décret scélérat qui pourrait enlever aux associations trop petites – en particulier aux associations d’experts Mouvement des générations futures/Criirad, Criigen, réseau santé environnement, Inf’OGM, etc – le droit d’être agréées et de participer à certains débats pour l’environnement. Un contre-pouvoir de moins.

Un décret publié le 13 juillet 2011 entube en douce les associations pour l’environnement
Nous reprenons ici, avec quelques modifications totalement “cosmétiques,” le communiqué publié par Corinne Lepage, Présidente de Cap21 le 19 juillet 2011 :

Les mauvais coups se font généralement le 14 juillet ou le 15 août. C’est encore plus tentant en période de crise majeure, comme actuellement. C’est sans doute pour cette raison que le Journal officiel du 13 juillet publie un nouveau décret concernant les associations.

Liberté de parole
Norman Rockwell

Celui-ci fixe les modalités d’application au niveau national de la condition prévue au premier point de l’article R.141-21 du code de l’environnement, concernant les associations et fondations souhaitant participer au débat sur l’environnement dans le cadre de certaines instances.
Pour pouvoir participer, une association devra désormais compter au moins 2 000 adhérents. Quant aux associations d’utilité publique, elles devraient exercer leur action sur la moitié des régions au moins, et disposer d’un minimum de 5 000 donateurs, pour pouvoir se faire entendre.
Les seuls organismes ayant le droit de faire entendre leur voix sur les politiques environnementales sont des organismes publics au sein desquels seules ces grandes associations ont le droit d’être représentées. De plus, l’Etat s’octroie le droit de vérifier les conditions de financement des associations pour s’assurer «de leur indépendance».

Handicaper les associations les plus gênantes pour les lobbies

Ce texte est liberticide au regard de la liberté d’association ou plus précisément du droit des associations à se faire entendre. Il exclut en particulier toutes les associations d’experts qui ont fait l’essentiel du travail en termes d’alerte au cours des dernières années.
Mouvement des générations futures – Criirad, Criigen, réseau santé environnement, Inf’OGM, pour n’en citer que quelques-uns – n’auront aux termes de ce texte plus le droit de participer, voire plus le droit d’être agréés puisque c’est l’agrément au titre de l’environnement lui-même qui est touché par ce décret scélérat.
lesbellehistoires.info_DECRET_LiberteParole_Autrement dit, non seulement aucun texte de protection des lanceurs d’alerte n’a jamais été pris par ce gouvernement, du temps de monsieur Borloo comme a fortiori du temps de madame Kosciusko-Morizet, mais plus encore, c’est la capacité des associations les plus dérangeantes pour les lobbies défendus par le gouvernement qui est ici mise en cause. En effet, sans agrément, la capacité de porter plainte avec constitution de partie civile reste très réduite. Dans ces conditions, les procès mettant en cause ces lobbies deviennent beaucoup plus difficiles.
De la même manière, le fait que les agréments soient conditionnés par le nombre de personnes rendra très difficile la tâche des associations locales, constituées contre tel ou tel projet, telle ou telle infrastructure. Les préfets pourront toujours soutenir qu’elles ne remplissent pas les conditions.
Ainsi le gouvernement de Sarkozy et de Nathalie Kosciusko-Morizet s’est-il attaqué avec efficacité, une fois encore, aux modestes contre-pouvoirs que la république française compte encore.

► Référence concernant l’arrêté du 12 juillet 2011 fixant les modalités d’application au niveau national de la condition prévue au 1° de l’article R. 141-21 du code de l’environnement concernant les associations et fondations souhaitant participer au débat sur l’environnement dans le cadre de certaines instance (JORF n°0161 du 13 juillet 2011, page 12 154).

L’affiche “Freedom of Speech” de Norman Rockwell, est l’une des quatre de la très belle série de propagande “For what we fight,” publiée en 1941 durant la seconde guerre mondiale, avec “Freeedom of Worship,” “Freedom of Want” & “Freedom from Fear.”

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