Résumé : Les abeilles, on le sait depuis peu, sont des animaux fragiles, beaucoup plus fragiles qu’on ne le croyait auparavant. Ainsi, elles ont paradoxalement moins d’enzymes de détoxification que d’autres insectes. Si la colonie est soudainement frappée par un empoisonnement (par exemple au printemps sous l’effet d’un pesticide que la trophallaxie des ouvrières aidera à répandre rapidement) ou par une maladie qu’on va rapidement identifier (dysenterie, loque, etc) on saura généralement quoi faire, même s’il est trop tard. En revanche, on trouve parfois, à la fin de l’hiver par exemple, des colonies mortes dans leur ruche. De quoi sont elles mortes ? Qu’a fait l’apiculteur qu’il n’aurait pas dû faire ? Qu’a-t-il omis de faire qu’il aurait dû absolument faire ?

L’article, paru en février 2008 dans le Deutsches Bienen Journal, est du célèbre Dr Gerhard Liebig (« Immelieb ») de l’université de Hohenheim près de Stuttgart. Il est long et nous le résumerons rapidement.
C’est à ceux qui sont concernés de rechercher les raisons d’une perte de colonie. Pour arriver à faire comme certains apiculteurs qui n’ont jamais de perte de colonies, il faut d’abord analyser les raisons du désastre, afin de pouvoir ensuite les éliminer.
Ne vous débarrassez pas immédiatement des peuples morts, ne traitez pas immédiatement les cadres et la ruche. Examinez-les d’abord soigneusement, pour déterminer ensuite la cause de la mort. On peut demander l’analyse d’un institut si on a vérifié à l’avance sa capacité à analyser abeilles et couvain morts, ce qui n’est pas le cas de tous, car les analyses demandent du temps et de l’argent et, après un hiver riche en pertes, la capacité du laboratoire sera vite dépassée.

Deux questions préliminaires à la recherche des causes :

Combien d’abeilles mortes dans la caisse ?

Pour mesure on utilise un pot de miel soit environ 1000 abeilles mortes.
Peu d’abeilles mortes (moins de 3 pots) sur le plancher, c’est une mort par Varroa. On trouve alors souvent la reine (morte), sur un cadre de couvain (mort) au milieu d’un petit tas d’abeilles (mortes).
Beaucoup d’abeilles mortes sur le plancher et dans les ruelles, il faut les rassembler dans un seau et mesurer. On peut remplir jusqu’à 20 pots.
Sont elles mortes de faim ? Alors tous les cadres autour de la grappe sont vides et on trouve des abeilles la tête enfoncée dans des cellules vides.
Sont elles mortes du Varroa ou d’une maladie collatérale, on trouve encore beaucoup d’acariens sur les abeilles.
Vérifiez aussi à l’aide des fiches descriptives des maladies contagieuses. Dans tous les cas, fondez les cires, n’utilisez plus les cadres.

Quel est le niveau de chute de Varroa des abeilles mortes et du couvain mort ?

Puisque les acariens sont encore souvent sur les mortes, on videra plancher et cadres sur un linge ou un papier blanc pour en faciliter le repérage.
Lavez les abeilles (eau et produit vaisselle), en comptant un demi pot d’abeilles mortes (si on en a moins, il faudra les compter), et en remplissant un pot avec de l’eau et du produit vaisselle, bien fermé, qu’on agitera.
Versez les abeilles sur un tamis très fin (linge) et lavez les à fond. Les acariens restent dans le linge.
Si on a un taux de chute de plus de 10% sur les abeilles (plus de 50 acariens sur le linge) c’est une mort par Varroa.
Attention : des peuples qui avaient en fin d’automne (novembre ou décembre 2007 – cet article date de janvier 2008) un taux de chute de plus de 1000 Varroas s’affaibliront durant l’hiver – surtout si celui-ci est bien froid – et mourront. S’ils ont essayé de compenser les mortalités par du nouveau couvain, ce dernier n’était pas sain. Mais les peuples étaient pourtant encore très actifs vers la fin de l’automne à préparer les provisions d’hiver. Qui n’a pas mesuré le taux de chute à cette époque doit prendre en compte cette cause.
Dans les deux cas, ceux qui ont compté, tout comme ceux qui n’ont pas compté, devront améliorer leurs pratiques de travail à la fin de l’été et de l’automne suivants.

Réutilisation des cadres

La mort du peuple a été précédée d’un long dépérissement. La dernière génération d’abeilles a été en situation de stress, d’où apparition et multiplication de maladies, encore présentes dans les déjections. Les traces sur les cadres pourront contaminer les nettoyeuses. Pour éviter cela, il faut fondre les cires et faire tremper les bois dans une solution de soude. Idem pour les cadres de couvain mort.

Simonpierre DELORME   ()

 

Repris d’un article du Deutsches Bienen Journal de février 2008, résumé et publié dans Abeilles & fleurs N° 694 de mai 2008

Compléments : Un peu de vocabulaire
Le sobriquet du Dr Gerhard Liebig – et aussi son mail – est Immelieb, littérallement « aime l’abeille » (on connait le prénom allemand Gottlieb qui correspond à notre Amédée (Amadeus, littéralement « qui aime Dieu ») et au prénom grec Théophile (Theophilos). Imme est l’autre mot allemand, après Biene, de l’abeille. Plus archaïque ou plus poétique, un peu comme notre avette. Cela dépend aussi des divers usages régionaux et des dialectes. Ainsi en Alsace, la haute Alsace, au Sud, dira plutôt Biene tandis que la basse Alsace, autour de Strasbourg, préfèrera Imme. Le Deutsches Bienen Journal utilise le mot standard.

A propos de l'auteur

Apiculteur amateur, cueilleur d'essaim, passionné d'éthologie et de langues, j'écris dans Abeilles et fleurs, le magazine de l'Union Nationale de l'Apiculture Française. Depuis 2005, j'y tiens une revue mensuelle de la presse apicole internationale et j'y publie également "les belles histoires de l'oncle Simonpierre" qui racontent une partie des travaux de recherche qui se font dans le monde sur les abeilles de toutes espèces, voire sur les autres bestioles qui vivent à côté de nous. Plus d'info.

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