Il en est qui cherchent des truffes avec leur cochon, voire avec un chien soigneusement dressé. Il en est d’autres qui vont bientôt chercher de l’or (voire d’autres métaux) avec leurs fourmis ou leurs termites. Cela se passe en Australie, c’est expliqué dans les revues scientifiques et techniques et c’est la Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO) qui a levé le lièvre.

Les recherches menées par cette organisation ont été publiées dans deux revues scientifiques : PLoS ONE et, plus récemment, Geochemistry: Exploration, Environment, Analysis. On a découvert sur un site de test dans les champs aurifères de l’Ouest australien que les monticules des termites locaux contenaient de l’or à haute concentration. Cet or particulièrement riche est la marque d’un plus grand gisement situé sous la termitière.

Il y a longtemps qu’on utilise les nids des insectes pour la prospection minière.

Fourmilière de Rhytidoponera mayri près de Kalgoorlie

Fourmilière de Rhytidoponera mayri près de Kalgoorlie, Australie occidentale. (© Aaron Stewart, CSIRO/Fresh Science)

Le Dr Aaron Stewart, entomologiste de la CSIRO, explique : « Nous utilisons les insectes pour nous aider à découvrir de nouveaux gisements d’or et d’autres minéraux. Ces gisements deviennent extrêmement difficiles à trouver parce que la plus grande partie du paysage australien est recouverte d’une couche de matériaux érodés qui masque ce qui se trouve plus en dessous. » Les termites et les fourmis qui vont fouir dans cette couche, y trouvent des traces de l’or qui se trouve en dessous et en rapportent à la surface. « Les insectes rapportent de petites particules qui contiennent de l’or provenant de ce halo qui entoure et qui marque le gisement (on parle aussi de l’empreinte du gisement) et ils les emmagasinent dans leurs monticules. » (…) « Nos dernières recherches montrent que les petits monticules des termines et des fourmis, même s’ils ne représentent pas grand chose en surface, sont tout aussi précieux pour trouver de l’or que les grandes termitières africaines qui peuvent s’élever à plusieurs mètres de hauteur en surface. »

Il faut savoir que l’Australie, pays minier depuis 150 ans, exporte pour 87 milliards de dollars (australiens) de ressources minérales, soit 68 milliards d’euros. Ce montant représente un tiers environ de leurs exportations totales. Ces minerais sont essentiellement prélevés en surface. La recherche fait actuellement un gros effort pour développer de nouvelles techniques de recherche et d’extraction dans le sous-sol profond.

Il y a des siècles que la recherche minière met à contribution la géobotanique, en testant la concentration de certains métaux dans les plantes pour y trouver les bons sous-sols. Mais c’est aussi le cas de la géozoologie, utilisée depuis des siècles par les civilisations anciennes. Il faut savoir que, dans leur quête incessante d’eau, les termites peuvent creuser à des profondeurs de 70 mètres et à des distances de plusieurs centaines de mètres du nid proprement dit.

Termitière en Namibie

Termitière en Namibie

L’idée n’est pas neuve et les anciennes civilisations africaines utilisaient déjà les énormes monticules des termitières comme point de départ de leurs prospections. Certains paléontologues fouillent les nids de fourmis où ils peuvent trouver des débris d’os ou de dents fossiles que les insectes ont rapportés au nid. Comme l’explique Anna Pitts, chercheur à l’université d’Adélaïde à un colloque de la Société de Géologie d’Australie, « Les termites sont les petits foreurs de la nature (…) Ils vont chercher dans le sous-sol des échantillons de sol pour construire ou réparer leurs monticules. »

(© media.cirrusmedia.com.au)

(© media.cirrusmedia.com.au)

Les géologues peuvent simplement prendre un échantillon de termitière et ils auront ainsi une bonne idée des minéraux et des métaux qu’on peut trouver dans le sous-sol de la termitière. C’est une méthode simple et bon marché de faire les premiers essais de sol pour l’exploration des minéraux. Si le site semble prometteur, on pourra passer à des examens plus sérieux.

C’est ainsi qu’on a découvert le gisement de cuivre de Vila Manica au Mozambique en 1973. C’est également ainsi qu’un géologie de la De Beers aurait découvert la grosse mine de diamant d’Jwaneng : en trouvant un échantillon d’ilmenite – un des indicateurs classiques des terres diamantifères – dans une termitière.

Mais les termitières australiennes sont beaucoup plus modestes que celles d’Afrique qui peuvent atteindre plusieurs mètres de haut. Il s’agissait d’abord de vérifier qu’on pouvait utiliser les termites australiennes comme on le fait des africaines. Il s’agissait aussi de vérifier que ceci marchait aussi pour les fourmis, ce qui est bien le cas.

Les recherches en Australie.

Les recherches ont porté d’abord sur les termites de l’espèce Tumulitermes tumuli. Les échantillons de 22 termitières situées dans la zone aurifère étudiée contenaient de fortes concentrations d’or, relativement du moins par rapport à leur environnement proche, c’est à dire à des niveaux cinq ou six fois plus élevés que les concentrations mesurées dans les sols à des distances de plus de 60 m des termitières, ou encore dans des termitières situées en dehors de la zone aurifère.

Cette espèce de termite est bien représentée en Australie mais d’autres espèces qui forment seulement de vastes nids souterrains au dessus de certaines poches d’eau sont elles-aussi utilisables pour ces recherches, de même que les fourmis.

Pourquoi les insectes ingèrent-ils ces matériaux ?

Ce n’est pas forcément volontaire. Ainsi certains métaux sont ingérés dans la nourriture, comme le zinc. On les retrouvera en fortes concentrations dans l’intestin des insectes. Bien sûr, quand nous parlons de fortes concentrations, c’est, dans tous les cas, par rapport à l’environnement. Stewart précise que « les quantités d’or trouvées dans les nids sont extrêmement basses. Elles indiquent qu’il existe à proximité un gisement caché mais on ne peut pas voir l’or, ni en extraire une quantité significative du nid. »

D’ailleurs les termites ne sélectionnent pas spécialement l’or pour l’apporter à leur nid. Nous avons seulement la chance de pouvoir profiter de la méthode de construction de leur nid, méthode dans laquelle ils vont chercher les matériaux situées à quelques mètres sous la surface. Les termites qui vont chercher de minuscules gravillons contenant parfois de l’or le font pour pouvoir utiliser ces gravillons dans l’armature et le renforcement de la termitière. Souvent, les prospecteurs vont disséquer la matière du nid et l’expédier au laboratoire. Son traitement leur fournira les indices qui permettront de connaître les gisements minéraux cachés sous les sédiments.

Cela étant, l’étude publiée en 2011 dans PLoS ONE, expliquait que, de même que les mammifères accumulent du calcium pour maintenir la santé de leurs os, certains insectes « stockent » du zinc et du magnésium pour renforcer et durcir leur exosquelette, leur cuticule et particulièrement leurs mandibules.

Par ailleurs, les insectes excrètent également les métaux lourds ou d’autres substances dont ils n’ont pas besoin, voire qui pourraient leur être toxiques.

Un termite (image 1) contient dans son système digestif des traces de cuivre (Cu – im. 2), de zinc (Zn, im. 3)), de fer (Fe, im. 4), de calcium (Ca, im. 5) et de manganèse (Mn, im.6)). Plus il y en a , plus l’image est claire. © CSIRO

On utilise également les insectes eux-mêmes.

Donc, précise Stewart, on peut aussi étudier au spectrographe de masse la concentration des métaux dans les insectes eux-mêmes. En effet, les métaux s’accumulent dans le système excréteur des termites. « Les insectes ne concentrent pas les métaux dans leur corps; ils cherchent au contraire à se débarrasser des métaux en excès. De toutes petites concrétions vont se former dans les tubes de Malpighi, l’organe des termites qui joue un peu le rôle de nos reins, un peu comme se forment les cailloux de la maladie de la pierre chez les humains. C’est une découverte qui permet de comprendre la redistribution des métaux dans la couche superficielle de la terre. » On trouvera en particulier du zinc, du manganèse, du calcium, du potassium, du phosphore.

Conclusion

Voilà donc nos insectes fouisseurs promus meilleurs amis du mineur. Espérons que cela ne nuira pas trop à ces espèces.

Simonpierre DELORME ()

 

Sources :

  • Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO) : www.csiro.au
  • Ant and termite colonies unearth gold : www.sciencedaily.com
  • PLoS ONE (8 novembre 2011) – Aaron D. Stewart, Ravi R. Anand, Jamie S. Laird, Michael Verrall, Chris G. Ryan, Martin D. de Jonge, David Paterson, Daryl L. Howard : Distribution of Metals in the Termite Tumulitermes tumuli (Froggatt): Two Types of Malpighian Tubule Concretion Host Zn and Ca Mutually Exclusivelyhttp://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0027578
  • Geochemistry: Exploration, Environment, Analysis (Novembre 2012) – Aaron D. Stewart, Ravi R. Anand : Source of anomalous gold concentrations in termite nests, Moolart Well, Western Australia: implications for exploration : geea.geoscienceworld.org
  • Termites strike gold – Une interview du Dr Aaron Stewart (en anglais) : https://youtu.be/3bSId8734Yg
  • Dorothy Kosich : Ants, termites could become Aus gold miners new best friend – CSIRO (10 décembre 2012) : www.mineweb.com
  • Mining Australia (December 2012) – CSIRO using ants and termites to uncover gold : http://www.australianmining.com.au
  • Fresh ScienceSix-legged miners strike goldfreshscience.org.au

Cet article a été initialement publié dans la revue Abeilles & fleurs N°745 en Janvier 2013

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