La prochaine fois que vous irez à Amsterdam, n’oubliez pas de visiter Artis. C’est ainsi qu’on appelle le zoo qui se trouve en centre-ville. Plus que simple jardin zoologique, Artis a aussi un planetarium, un musée de géologie et un autre de zoologie. Fondé en 1838 par trois mécènes aux noms de Westermann, Werlemann et Wijsmuller (« les trois W »), Artis devait s’appeller en fait Natura Artis Magistra (« la nature est une maitresse de l’art »). Hélas, les trois mots de la devise fièrement affichée au dessus des trois portes du jardin – une porte, un mot – n’ont pas résisté à la simple habitude d’ouvrir une seule des trois portes pour le public, celle au dessus de laquelle figure le mot Artis.

La ruche de Johann Dzierzon de 1858

Artis a une vieille tradition d’élevage d’abeilles. En 1858, le jardin possédait une grande ruche fabriquée par le prêtre catholique, naturaliste et apiculteur silésien Johann Dzierzon.
Cette ruche était la première à montrer des cadres mobiles permettant de récolter le miel sans risquer de tuer la reine et les visiteurs affluèrent de toute l’Europe proche pour admirer la nouveauté. Détruite depuis lors, elle a été reconstituée, réinstallée le premier octobre 2010 et elle reprend vie sur le socle d’époque qui avait mieux résisté.

Johann Dzierzon était déjà considéré comme le père de l’apiculture moderne. C’est lui qui a mis en évidence la parthénogénèse particulière de l’abeille qui fait que les femelles non fécondées qui arrivent à pondre donneront des faux-bourdons ; lui aussi qui a le premier décrit les mécanismes et le fonctionnement de la gelée royale ; lui enfin qui a déterminé le bee-space à laisser entre les cadres et fourni à l’américain Langstroth les indications lui permettant d’élaborer son modèle de ruche. Johann Dzierzon fut en son temps honoré par toutes les académies scientifiques et décoré par tous les gouvernements d’Europe centrale, de la Prusse à la Suède, de l’Autriche à la Russie, de la Bavière à l’Italie.

Johann Dzierzon, originaire de Silésie et père de l\’apiculture moderne.

Le centenaire de sa mort en 2006 a été l’occasion d’un grand rassemblement de corporations d’apiculteurs allemands et polonais. La remise en place de la bijenkast de Dzierzon à Amsterdam est aussi une forme de retrouvailles avec une Europe centrale trop longtemps séparée de l’Europe de l’Ouest par la guerre froide. C’est même la réappropriation d’une part de notre patrimoine que nous avons trop facilement oubliée.

Sources :

Article paru dans la revue Abeilles & Fleurs N°722 (Décembre 2010) dans la rubrique Revue de presse

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