Au printemps 2000, une grande enquête avait été lancée par le gouvernement britannique sur l’impact écologique des plantes agricoles génétiquement modifiés. Elle a duré cinq années, elle a mobilisé plus de 150 scientifiques pour un coût d’environ 8,5 millions d’euros. Durant ces cinq années, sur diverses parcelles de comparaison, on a décompté un million de mauvaises herbes et deux millions d’insectes.
L’étude comptait quatre tests différents. Deux premiers tests avaient officiellement conclu que le colza de printemps et la betterave sucrière génétiquement modifiés entraînaient une chute des populations de papillons, d’abeilles et d’oiseaux sur les parcelles antérieurement semées et moissonnées. Ces résultats viennent d’être confirmés pour le colza d’hiver. Sur les surfaces semées de colza génétique d’hiver on trouve jusqu’aux 2/3 de papillons en moins et seulement (seulement !) moitié moins d’abeilles. La raison est à chercher dans la répartition des mauvaises herbes qui prospèrent sur les parcelles concernées.

Identification des espèces © Dr Les Firbank

Les chercheurs ont particulièrement critiqué les méthodes de lutte contre les mauvaises herbes. Le colza était tellement modifié qu’il en est devenu résistant à certains herbicides. L’agriculteur devra utiliser d’autres produits sur son champ pour voir le seul colza génétique survivre alors que les mauvaises herbes vont disparaître. Mais l’herbicide est plus efficace contre certaines herbes que d’autres, il détruit les plantes à feuilles larges et renforce les herbes. Or les abeilles, comme les papillons, visitent les fleurs des plantes à feuilles larges. Même les oiseaux comme le moineau, l’alouette ou le bouvreuil, pourtant plus haut dans la chaîne alimentaire, risquent d’être décimés par le développement des cultures d’OGM écrit le rapport publié dans la revue «Proceedings of the Royal Society-B-Biological Sciences».
Les résultats de l’enquête représentent un coup sérieux aux OGM. « Un clou de plus dans le cercueil » précise The Independent du 22 mars 2005 qui pense que « le destin des OGM est scellé au moins pour le futur prévisible ».
Est-ce si sûr ? Il faut se rappeler que de grandes surfaces sont déjà implantées aux États-Unis et au Canada où la société Bayer Crop Science vend déjà le colza d’hiver génétique.
Il faut noter aussi que le troisième test, qui concernait le maïs génétiquement modifié, n’a pas donné les mêmes résultats, si bien que le gouvernement britannique avait autorisé en mars 2004 un premier maïs OGM (« Chardon LL »). Mais la société Bayer, créateur de ce maïs, avait déclaré trois semaines plus tard, se retirer de ce marché, officiellement à cause de difficultés administratives (là encore cette culture devra utiliser un herbicide particulièrement puissant dont la Commission Européenne est en train de préparer l’interdiction).

Simonpierre DELORME   ()

 

Sources :

  • Communiqué de presse de la Royal Society : www.pubs.royalsoc.ac.uk/
    (Ce lien est actuellement inopérant mais ce n’est pas de notre fait et nous le maintenons noté pour le jour où il sera réactivé ou remplacé car la page permettait aussi le téléchargement gratuit de l’intégralité de l’étude scientifique) http://royalsocietypublishing.org/search/chardon%20ll
  • The Independent (22e mars 2005) : Steve Connor, Michael McCarthy & Colin Brown : « The end for GM crops: Final British trial confirms threat to wildlife » www.independent.co.uk/
  • http://www.foodsecurity.ac.uk/research/impact/farm-scale-evaluations.html

Cet article est paru dans le N° 662 d’Abeilles & fleurs de juin 2005

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