Fleur de potiron

Dans toutes les professions et les activités, il y a des bricoleurs géniaux et des bricoleurs catastrophiques. En août 2006, un quotidien régional hollandais (De Stentor, Dagblad Flevoland, du 8 août 2006), avait interviewé un apiculteur retraité de Lelystad, en Flevoland, apiculteur amateur mais « concerné. » Celui-ci, Tom Van Wijl, prétendait que les abeilles « jaunes » qu’il avait obtenues d’une reine « jaune » importée de Suède étaient particulièrement efficaces sur ses fleurs de potiron, « jaunes » bien sûr.
(On sait que le nectar du potiron est attractif mais que l’attrait des cultures voisines, la brièveté de la floraison et l’existence d’un décalage entre les fleurs mâles et les fleurs femelles rend parfois sa pollinisation délicate)
Notre apiculteur hollandais voulait utiliser sa reine pour faire des croisements avec les abeilles qu’il avait déjà et obtenir ainsi la « Pompoenenbij » (« l’abeille à potirons ») que le monde, ou au moins ses potagers, attendait.
Le journaliste, peut-être un peu surpris mais de toute façon consciencieux, avait interrogé Rob Nijman qui présidait la NBHV, l’union des apiculteurs néerlandais. Celui-ci avait confirmé que, de fait, la Hollande importait de plus en plus d’abeilles « jaunes  » mais il avait diplomatiquement ajouté que celles de Lelystad, censées polliniser essentiellement les potirons, étaient sans doute une particularité locale, et que les apiculteurs se préoccupaient beaucoup de la couleur, oui peut-être, mais tout de même aussi de l’époque où ces abeilles travaillaient le plus efficacement.
Quant à la couleur jaune, promue au rang de « critère synthétique de sélection », cela n’avait pas l’air d’un poisson d’avril. Mijnheer Tom Van Wijlen, l’apiculteur en question, avait précisé que cette année-là, il voulait sélectionner des abeilles jaunes mais que l’année prochaine il se mettrait à une mode qui ferait rage actuellement aux USA : celle des abeilles oranges. Pour les Hollandais, l’orange qui reprend le nom de la famille royale, est évidemment une couleur fétiche et puissamment identitaire. Mais tout de même …
Cela dit, nous n’en avons plus entendu parler et les articulets locaux d’époque (2006), voire les enregistrements sur les radios locales, ne sont plus disponibles sur la Toile. Il n’en reste que quelques scories sur le forum de la NBHV.
Ce qu’il y a de merveilleux chez l’abeille, c’est de savoir qu’elle semble arriver tout de même à résister à de tels raisonnements, approximations et bricolages.

Simonpierre DELORME   ()

Une première version de cet écho a été publiée dans Abeilles & fleurs N° 676 d’octobre 2006
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A propos de l'auteur

Apiculteur amateur, cueilleur d'essaim, passionné d'éthologie et de langues, j'écris dans Abeilles et fleurs, le magazine de l'Union Nationale de l'Apiculture Française. Depuis 2005, j'y tiens une revue mensuelle de la presse apicole internationale et j'y publie également "les belles histoires de l'oncle Simonpierre" qui racontent une partie des travaux de recherche qui se font dans le monde sur les abeilles de toutes espèces, voire sur les autres bestioles qui vivent à côté de nous. Plus d'info.

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