Dans tous les pays développés, les allergies alimentaires sont en augmentation. Si la moyenne est de 3% à 4% pour la population en général, elle double, à 8%, pour les moins de 6 ans. Huit groupes d’aliments ont été identifié, qui causent la majorité des allergies identifiées : cacahuète, soja, fruits à coques, lait, œufs, poisson, crustacés et blé. Mais la liste des allergènes n’est pas limitée.

Parmi les principaux arguments des consommateurs contre les aliments OGM ou issus d’OGM, figure leur capacité supposée de créer des allergies alimentaires. Un gêne inséré pourrait conduire à la synthèse d’une protéine allergénique, ou bien le fonctionnement du métabolisme pourrait être modifié, ou même celui des gênes de l’organisme receveur, initiant peut être ainsi la production d’une nouvelle protéine allergénique.
Le cas le plus connu est celui du maïs « StarLink » d’Aventis en 1966. Cette variété avait été autorisée aux USA par l’Environmental Protection Agency (EPA) uniquement pour un usage non alimentaire ou destiné à l’alimentation du bétail. Non seulement elle a été ensuite détectée dans plusieurs aliments mais elle a été accusée de développer l’asthme des consommateurs. Les études de toxicité qui ont suivi n’ont pas démontré de lien entre les allergies observées chez les plaignants et la variété. En fait, les études actuellement disponibles ne permettent pas généralement de savoir si les aliments issus d’OGM sont plus ou moins allergisants que les aliments traditionnels.

L’EPA a décidé de financer, pour un montant de 450 000$, la validation d’un nouveau modèle animal développé à Michigan State University, par Venugopal Gangur (fshn.msu.edu/directory) pour tester les éventuels effets allergisants des OGM. Il s’agit de vérifier que ce modèle, qui utilise des souris, est fiable pour une grande variété de protéines. Une fois validé, ce modèle pourrait être commercialisé en 2011 ou 2012. Le dernier « Progress Report » date de 2009.
Pour les allergies alimentaires reconnues et démontrées, le consommateur sait qu’il doit éviter l’aliment ou la molécule cause de cette allergie. D’où l’insistance mise dans toutes les décisions européennes sur la traçabilité et l’étiquetage pour éviter tout problème. Et sur les étiquetages particuliers en cas de tout changement de composition.

Oui mais quid des nouveaux produits ?

Actuellement, il est difficile de prédire si une nouvelle molécule sera allergénique ou non. On peut étudier les propriétés physico-chimiques de cette molécule : stabilité à la température, aux pH acides, aux traitements technologiques, etc. On peut chercher une éventuelle ressemblance avec des banques d’allergènes connus : homologie de séquences, structure spatiale, etc. On peut rechercher si l’organisme source est d’ores et déjà à l’origine de la production d’allergènes répertoriés. Mais les études actuelles ne donnent pas toujours de certitude et il existe sans doute des allergènes peu ou pas encore repérés.

Le réseau de vigilance français

Il existe dans l’hexagone un réseau d’allergo-vigilance regroupant 250 médecins référents. Il a été initié par le Professeur D.A. Moneret-Vautrin de Nancy, il est soutenu financièrement par l’AFSSA et il est censé permettre de repérer en temps réel l’apparition de toute nouvelle source d’allergènes sur le territoire.
Si un cas sérieux se présente demain, faudra-il avoir confiance dans la capacité des agences françaises, des pouvoirs publics, de la justice, à réagir utilement, rapidement, justement ? Quand on voit comment notre pays a traité naguère l’affaire du sang contaminé, on hésite à répondre positivement.

Simonpierre DELORME   ()

 

Une pemière version de cet article a été publiée dans Abeilles & fleurs n° 678 (décembre 2006)

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