« Aide toi, le Ciel t’aidera » dit un proverbe européen. Les apiculteurs de Hollande sont essentiellement des amateurs. Pour mieux faire connaître et apprécier leur hobby, ils avaient déjà mis au point le bijenmarkt, le « marché aux abeilles ». Depuis plus de trente ans, chaque samedi de juillet, août, voire septembre, dans une petite ville différente, l’association des apiculteurs du canton fait un marché aux abeilles. On y vend plus de miel et de pain d’épices que d’abeilles, chaque apiculteur y tient un petit stand, parfois même de brocante, mais on peut tout de même y acheter une ruche complète avec sa colonie. Comme toujours en Hollande, l’élément essentiel du marché est la tente de l’orchestre et les tables qui l’entourent avec leurs pots de bière. Les dates sont fixes, le calendrier connu d’année en année, on sait que le marché d’Ommen arrive une semaine après celui de Veenendaal et les maniaques de l’hyménoptère abandonnent les nids qu’ils ont chez eux pour aller admirer ceux des autres.
Hélas, les marchés sont de moins en moins animés à mesure que le nombre des apiculteurs se réduit, si bien que les administrations doivent prendre le relais des syndicats locaux. A ce « marketing sympa » et intelligent, elles viennent d’ajouter le nektarkroeg, le « bistrot à nectar ». En fait de bistrot, c’est un bout de parterre pédagogique ou de plate bande de 2 à 4 m2 que la commune concède aux apiculteurs du coin pour y faire pousser en permanence des plantes très mellifères sur lesquelles se précipiteront abeilles domestiques, abeilles solitaires, bourdons et papillons.
L’inquiétude est un peu plus transparente et le ton plus anxieux. Le papillon est très populaire et le grand public commence à se rendre compte qu’il sera bientôt aussi rare que le hanneton sous lequel croulaient naguère nos marronniers. L’inauguration du carré qu’on orne soigneusement d’une mini-clôture et d’un écriteau explicatif est l’occasion d’une nouvelle dégustation d’hydromel, de tartines de miel et de pains d’épices. Parce qu’on est en Hollande, on n’oublie tout de même pas la bière et les sandwiches au fromage.
Quand le contexte est plus sérieux comme le 29 juillet dernier (article écrit en 2006) au centre d’éducation à l’environnement de Roosendaal, on se contente de thé au miel. On déguise quelques enfants en Abeille Maïa, l’entomologiste local donne une conférence sur la pollinisation et la biodiversité et le journal local passe un article et une photo. Porter la bonne parole est affaire de présentation intelligente mais aussi de constance. « Vous nous voyez marcher, nous sommes la piétaille, nous n’avançons jamais que d’un pas à la fois. » disait Paul Claudel.
Les Eaux et Forêts néerlandaises, auxquelles se sont associées diverses associations, ont décidé d’implanter cet été 100 bistrots à nectar, dans leurs divers domaines mais aussi dans des jardins partagés ou des potagers scolaires. A Appelscha, en Frise, c’est une prairie entière où l’accent est mis sur ces plantes qui sont en symbiose avec un pollinisateur particulier, un certain type d’abeille solitaire par exemple : si l’une des deux disparaît, l’autre disparaîtra aussi obligatoirement.

Simonpierre DELORME   ()

 

Sources :

Publié dans Abeilles & fleurs N° 676 d’octobre 2006

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