Albrecht Plausch est membre du bureau du syndicat des apiculteurs professionnels allemands qui regroupe 3500 membres. A l’invitation de la ligue de protection de la nature (Bund Naturschutz) il exprime à Landsberied les inquiétudes de son syndicat. En pleine période de prise de conscience écologique, en plein boom des produits bio, leur miel, un produit naturel qui remonte à la plus haute antiquité (comme aurait si bien dit Alexandre Vialatte), pourrait se retrouver, sans qu’eux-mêmes ne puissent rien faire pour l’éviter, à contenir des résidus de produits génétiquement modifiés. « Si 80% des consommateurs allemands refusent les OGM dans leur assiette, ce n’est certainement pas pour en retrouver dans leur miel !»
Les producteurs de miel sont les grands oubliés des règlements sur la mise en place des OGM qui détaillent les précautions nécessaires. Ce n’est pas une quelconque haie qui empêchera des abeilles, capables de butiner dans un rayon qui peut atteindre 7 km, de visiter une parcelle de maïs ou de colza OGM sans pouvoir discriminer entre les pollens. Si n’importe où à proximité d’un rucher, un agriculteur ou un organisme officiel d’études décide de planter une parcelle expérimentale, les résidus seront inévitables dans le miel.
En tant que produit naturel d’origine animale, la production doit inspirer confiance. Si le miel du Canada, par exemple, a pratiquement disparu des étagères des magasins allemands, c’est parce que le Canada est un pays où d’immenses territoires sont plantés en OGM. S’il est théoriquement possible, le contrôle volontaire revient très cher à l’apiculteur qui souhaitera faire vérifier sa production : de l’ordre de 300 euros pour un lot de 500 kilos ! Ce n’est d’ailleurs qu’un début. Pour en savoir plus, par exemple savoir de quelle sorte de colza proviennent les résidus, c’est 150 euros de plus. L’intervenant estime qu’on arrive très vite à une dépense de l’ordre de 12.000 euros par an. Aucun consommateur ne pourrait la payer, aucun apiculteur ne pourrait y survivre. Même si la loi prévoit l’octroi de dommages pour une production polluée, l’entreprise en sortira ruinée. Inversement, verrons-nous les exploitations agricoles bio de la région « dégager » l’apiculteur, devenu subitement susceptible de contaminer leurs propres champs par les pollens que ses abeilles pourraient y rapporter ?
Un auditeur n’a pu résister à rappeler la citation « tarte à la crème », rituellement attribuée à ce pauvre Einstein, et selon laquelle la mort de l’abeille devrait précéder et entraîner la mort de l’homme. Mais Albrecht Plausch a complété amèrement : « et la mort de l’apiculteur précédera la mort de l’abeille. »

Simonpierre DELORME   ()
 

Article publié à l’origine dans Abeilles & fleurs N° 673 de juin 2006

Münchner Merkur (Munich), 9 février 2006, www.merkur-online.de

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