Extrait :
En 2004, les Britanniques ont érigé à Londres un monument pour célébrer le souvenir des animaux de la Grande Guerre et de celles qui ont suivi. La première guerre mondiale n’a pas seulement « consommé » des millions de soldats mais aussi des millions d’animaux, auxiliaires requis, chevaux (huit millions pour la seule armée britannique), chiens, pigeons voyageurs, mules, éléphants, chameaux et même vers-luisants. Les guerres suivantes, jusqu’à aujourd’hui, ne furent pas en reste. Dans le Guardian, Georges Monbiot fustige une « walt-disney-isation » déplaisante, conçue pour donner bonne conscience à ceux, au nom desquels et de la part desquels, on continue de commettre des actes innommables. Mais les Britanniques ont adoré l’histoire de Rob, le chien qui sauta en parachute plus de vingt fois dans le cadre de missions spéciales, ou bien celle de Mary d’Exeter, le pigeon voyageur rentré à bon port malgré une aile blessée et trois éclats dans la poitrine, ce qui lui valut la la croix de guerre des auxiliaires animaux (sic).

Le Memorial de Hyde Park

L’horrible guerre civile européenne de 1914-1918 a fait des millions de morts. Bien des campagnes de nos pays ne se sont jamais remises de l’incroyable saignée et certains y ont vu le vrai début du déclin de l’influence européenne dans le monde. L’ouverture des archives des belligérants apporte toujours des révélations. On sait par exemple que nos gouvernants ont choisi de faire durer cette guerre plusieurs mois de plus (et partant plusieurs centaines de milliers de morts de plus) alors même que des armistices avaient été proposées (par l’Empire d’Autriche, celui que détestait tant Clémenceau).

Mais il n’y a pas eu que les hommes à mourir. Des millions d’animaux ont été mis au service des forces combattantes : du cheval au pigeon voyageur, du chien au chameau, voire à l’éléphant. A toutes ces victimes innocentes, les Britanniques ont décidé d’élever un monument, que la princesse Anne a inauguré le 24 novembre 2004 à Londres, en bordure de Hyde Park. A son fronton figure l’inscription qui fait le titre de cette histoire : « They had no choice ».
La première guerre mondiale a « consommé » ainsi, du seul coté britannique, huit millions de chevaux ! N’oublions pas les chiens, les pigeons et tant d’autres requis. Les journaux britanniques rappellent que les soldats collectaient même les vers luisants, pour permettre la lecture discrète des cartes ou des messages dans la nuit des tranchées ! « Nous ne les avons jamais remercié » a rappelé au Daily Telegraph, une des initiatrices du projet, Jilly Cooper, l’auteur du livre « Des Animaux dans la guerre

Le monument, dessiné par David Backhouse, un immense demi-cercle de pierre avec deux mules de bronze, un cheval et un chien en harnachement guerrier, d’un style très « british », servira aussi au souvenir de quelques héros animaux non seulement de l’horrible guerre, mais encore de celles qui ont suivi. Les Britanniques ont pu ainsi réapprendre l’histoire de Rob, le chien qui sauta en parachute plus de vingt fois dans le cadre de missions spéciales, ou bien celle de Mary d’Exeter, le pigeon voyageur rentré à bon port malgré une aile blessée et trois éclats dans la poitrine, ce qui lui valut la PDSA Dickin Medal, la croix de guerre des auxiliaires animaux. Ils n’ont été que 60 en tout à la recevoir ! Le monument a coûté presque 1,5 million d’euros et, au jour de l’inauguration, les deux tiers de la somme avaient déjà été couverts par les souscriptions des Britanniques. A la cérémonie d’inauguration, l’invité d’honneur « Buster » était un épagneul de retour d’Irak, le 60e décoré. Mais comme le rappelait un des organisateurs : « Toutes les autres nations du Commonwealth avait déjà un monument pour les animaux dans la guerre. Seule la Grande Bretagne manquait à l’appel ! »
Quid de la France ? La commémoration des animaux dans la guerre y était normalement prévue en 2007 mais nous n’avons rien remarqué.

Une commémoration déplaisante ?

Quand on y réfléchit bien, cette commémoration est-elle vraiment une idée dont il faut se réjouir ? Le Guardian du 24 octobre 2006, dans un article d’une étonnante violence, s’en prend au monument et à d’autres manifestations de ce type. Il dénonce dans cette «walt-disney-isation de la guerre » une « auto-justification » des horreurs qui l’accompagnent. Il remarque que le livre de Jilly Cooper (qu’il appelle « le saint patron du sentiment petit-bourgeois britannique ») a été publié pour la première fois en 1983 et que les Britanniques s’émeuvent en 2004 pour les animaux innocents, à l’époque même de leur participation à l’agression de l’Irak. Il dresse une liste de sponsors parmi lesquelles figurent divers trusts du complexe militaro-industriel. « Ils n’eurent pas le choix. » dit Georges Monbiot « Pas plus que les civils tués en Irak, les millions de femmes violées au cours des siècles par les soldats ou les sujets coloniaux morts de faim ou de maladie dans les camps de concentration britanniques » Il rappelle ensuite les 40 000 femmes et enfants morts dans ces camps durant la guerre Anglo-Boer en Afrique du Sud (1899-1902), l’ignoble guerre de rapine initiée par l’empire britannique contre les paysans hollandais des républiques boers « une guerre d’une brutalité presque sans précédent » et le monument aux animaux tués durant cette guerre, ancêtre de celui de Hyde Park, que les Anglais érigèrent ensuite à Port Elisabeth.
« Le culte de l’Animal Héroïque » nous dit-il, et les monuments qui le célèbrent « nous permettent de nous considérer comme des gens capables de compassion alors même que des actes innommables sont commis en notre nom et de notre part. »

Simonpierre DELORME ()

Une première version de cet article a été publiée dans Abeilles & fleurs N° 679 de décembre 2006

Une réponse

  1. BLOT

    Un renfort inattendu
    C’est en 1916 que vont débarquer des milliers d’ânes d’Algérie. Pourquoi et comment sont-ils arrivés là ? L’Armée française utilisait déjà d’autres animaux comme le cheval, le mulet, le chien ou le pigeon. Tous officiellement reconnus par les états-majors. Après deux ans de conflit, tout au long de la ligne de Front, l’hécatombe est alarmante. Un renfort est nécessaire, particulièrement pour ravitailler les premières lignes. Grâce à un coût modique, une petite taille permettant un passage discret à l’intérieur des tranchées, un sang-froid légendaire, ces petits ânes sont importés massivement par cargo jusqu’à Marseille, puis acheminés par train jusqu’à Bar-le-Duc. Là, ils sont répartis vers différents dépôts de l’arrière-front. Ils seront chargés de ravitailler les premières et secondes lignes en nourriture, boisson, petites munitions, matériaux divers. Ils vont ainsi économiser l’énergie des soldats, sauver des vies bien souvent au détriment de la leur, porter des charges impressionnantes sous les bombardements, tout en déployant une endurance hors du commun. De précieux auxiliaires dont peu reconnaîtront les mérites, à tel point que beaucoup d’historiens spécialistes de cette période ignorent même jusqu’à leur existence ! Pourtant, en plus de son rôle de porteur, l’âne se montrera un excellent compagnon pour ces soldats privés de contacts avec les animaux dont ils sont familiers, puisque la plupart sont issus du monde rural. Sa placidité, sa modestie, sa docilité auront sur les hommes un effet bénéfique.
    Extrait du livre « Sur les traces des ânes soldats » de Brigitte BLOT (2015)
    Renseignements sur le site: http://www.lanevoyageur.fr

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