Photo ci-dessus : Ruche africaine intégrée dans la clôture © Oxford University/Lucy King

Eléphants et abeilles : deuxième texte d’une série de trois.
Voir le premier article de la série : « Une mémoire d’éléphant« 

Nous avons déjà parlé dans cette revue de presse des travaux de Lucy King, de l’Université d’Oxford, et de la fondation « Save the Elephants » de Fritz Vollrath, à Nairobi au Kenya, pour tenter de faire reculer les éléphants face à la pression des populations d’agriculteurs d’Afrique de l’Est. Ces populations sont en plein développement, leurs nouvelles zones de culture s’étendent largement, si bien que leurs jardins sont régulièrement ravagés par les pachydermes avides de douceurs potagères.
A l’époque, on avait remarqué que le simple bruit des essaims d’abeilles était parfaitement connu des bandes d’éléphants. Connu et identifié : alors que d’autres bruits de même puissance ne les troublaient absolument pas, celui que fait un essaim les faisait fuir sans attendre. Si d’aventure quelques petits jeunes pas encore instruits restaient le nez en l’air à musarder, une vieille femelle avait vite fait de retourner les faire bouger. Il faut savoir que les éléphants rencontrent régulièrement des colonies d’abeilles ou des essaims dans les acacias de la savane dont ils sont friands. Le souvenir cuisant des piqures autour des yeux, voire dans l’intérieur de la trompe, deux zones privilégiées par les abeilles, se maintient et se transmet durablement, d’autant plus que les blessures de l’Apis mellifera scutellata chez les éléphants peuvent durer des semaines.

© Oxford University/Lucy King

L’année dernière, on a commencé à protéger certaines zones de culture au Kenya en installant des ruches à leur périphérie. Les ruches (à l’africaine, en forme de tronc horizontal) sont suspendues à une clôture qui les secoue violemment si quelque gros animal essaie de la forcer. Le coût de fabrication de la clôture sera rapidement compensé par les deux, voire trois, récoltes par an des ruches. En outre, quelques plus gros éléphants chefs de bande ont été appareillés de GPS permettant de suivre leurs déplacements et de prévenir et protéger les fermes vers lesquelles ils peuvent se diriger.
De nouvelles recherches par les mêmes équipes viennent de montrer que les éléphants ont un signal d’alerte spécifique pour indiquer la présence d’abeilles. C’est à dire que le rumble que certains émettent à destination de leurs congénères incitent ceux-ci à fuir immédiatement en agitant les oreilles pour chasser d’éventuels insectes. Le comportement fonctionne parfaitement si l’appel a été lancé par un haut parleur et sans abeilles présentes.
On pensait déjà que les éléphants avaient un appel spécial pour signaler la présence de lions à proximité. On sait que certains oiseaux, certains singes, ont des cris d’alarme bien spécifiques selon que le danger vienne du ciel ou du sol, aigle ou léopard par exemple. Bref, nos connaissances de la communication animale ont encore des espaces à découvrir. Mais le bee rumble des éléphants, relayé par haut parleur, pourrait bientôt être utilisé pour protéger certaines zones des incursions des peaux épaisses.

Lire aussi :
– « Une mémoire d’éléphant »

Simonpierre DELORME ()

Sources :

  • KING Lucy E., SOLTIS Joseph, DOUGLAS-HAMILTON Iain, SAVAGE Anne, VOLLRATH Fritz (2010) : « Bee Threat elicits Alarm Call in African Elephants » – Research Article PloS One – 26 avril 2010 : www.plosone.org
  • Pour apprendre à parler éléphant, écoutez le bee rumble sur www.newscientist.com/Sous la petite vidéo, cliquer sur listen.

Compléments :

  • Science Daily : « Beehive fence deters elephant raiders » (5 juin 2010) sur www.sciencedaily.com/ avec photo et description détaillée de la clôture.
  • Science Daily : « Hidden codes in monkey chit-chat » (18 mai 2006) sur www.sciencedaily.com pour les signaux spécifiques chez les singes.

Article publié à l’origine dans Abeilles & fleurs N° 716 de mai 2010.

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