Tout le monde l’a appris, parfois à ses dépens : les abeilles ont du nez ! Les apiculteurs aussi, qui savent bien qu’une colonie en bonne santé dégage une agréable odeur de miel, de cire (mais la cire neuve n’a pas d’odeur), de pollen, de propolis et de tas d’autres bonnes choses. Il en est même qui, à l’ouverture d’une ruche, plongent avec délices leurs narines au dessus de la colonie pour inspirer séance tenante un bon bol d’air de ruche à la bonne température. C’est, disent-ils, bon pour les poumons, les sinus, le système immunitaire en général.

Un bon bol d’air d’abeille

La famille Hüttner, dont tous les membres sont convaincus de l’excellence de ce nouveau produit de la ruche, a entrepris de le marqueter avec beaucoup d’intelligence. Heinrich junior en Tyrol (www.tirolerbienenwelt.at) et Heinrich senior en Haute-Autriche (www.bienenluft.com) ont donc converti deux gros chalets en centres de cure. Le citadin stressé, qui vient chercher le repos à la ferme et l’air des montagnes dans de longues promenades, peut également passer réclamer son bol d’air de ruche au retour.

Seulement à la bonne époque

La cure n’a lieu que durant la période de développement des colonies, du 15 mai au 15 août. Les deux étages du chalet sont remplis de ruches avec planche d’envol à l’extérieur selon la coutume allemande. Les « curistes »,’installés dans de confortables chaises longues à l’intérieur du chalet, disposent d’un masque à poser sur le nez et la bouche, au bout d’un tube qui aboutit à l’intérieur d’une ruche. Un ingénieux système de valves, à l’extrémité du tube, les empêche d’inspirer à nouveau l’air qu’ils viennent d’expirer. Ils peuvent donc abondamment remplir leurs poumons de Bienenluft aux alentours de 35-37°C. La cure intensive dure 12 jours pour un total de 24 séances. La séance, de 30 minutes en début de cure, va progressivement monter à 60min. Prix total de la cure : 350 euros. Mais d’autres modules existent de 1, 3 et 6 jours.

Pas n’importe quel environnement

Tout est mis en œuvre pour que la cure donne satisfaction, précise l’article de J. Ecke, dans la livraison de janvier 2005 de l’Imkerfreund/ADIZ/Die Biene(www.diebiene.de), le mensuel apicole du Deutscher Landwirtschaftsverlag (www.dlv.de). Les colonies sont régulièrement changées pour éviter d’être trop stressées par le vol continu de leur atmosphère (la famille a observé que la circulation continue d’air peut arrêter la ponte de la reine).

Futurs apiculteurs

Sur toute la zone qui entoure le chalet, à trois km du village, on a planté un vrai jardin botanique : thyms, épervières, origans, achillées, valérianes, tanaisies et autres, dûment étiquetées et commentées. Un sentier de plus de 8km, le Weiselwanderweg (la « promenade des reines ») permet d’en parcourir les recoins. Bien entendu, visites guidées de ruches, groupes scolaires, vente de miel, de pollen, de produits de beauté… rien ne manque à l’appel, jusqu’aux piqûres contre les rhumatismes, en option gratuite évidemment car elles pourraient être considérées sinon comme un exercice illégal de la médecine !

Après tout, pourquoi pas ?

La famille Hüttner tente de faire breveter toute une série de dispositifs dont le secret est jalousement gardé. Agnès, la mère, collecte et classe les témoignages de remerciements des patients, de 8 à 74 ans, qui ont suivi la cure et attestent aujourd’hui avoir moins d’ennuis avec leurs diverses bronchites, allergies, neurodermites, asthmes et autres grippes récurrentes. Il semble même que des cas de mucoviscidose aient vu leurs capacités respiratoires s’améliorer. En tout cas, à en croire tous ces courriers, leur consommation de médicaments a beaucoup diminué. Hélas, les caisses-maladies font toujours la sourde oreille !

Simonpierre DELORME   ()

 

Publié pour la première fois dans Abeilles & fleurs N° 665 (octobre 2005)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.